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23
2017

Beni : on sort la nuit pour refuser de vivre en enfer

La ville de Beni, dans l’est de la RDC, est surtout connue pour les tueries qui s’y produisent depuis octobre 2014. Mais, pour certains de ses habitants, pas question de se terrer à la maison une fois le soleil couché.

Le soir, ils sortent en bande, en voiture. Et ils planifient tout sur WhatsApp. Par échange de messages, ils conviennent du lieu du regroupement, se renseignent sur le trajet de chacun et, parfois, se rendent disponibles pour aller chercher ceux qui n’auraient pas de véhicule. « Dans les rues et ruelles de la ville de Beni, souvent non éclairées, il vaut mieux rouler que marcher», nous explique-t-on.

Ce samedi-là, Ishango, le bar le plus prisé de la ville, organise une soirée spéciale pour la Saint-Valentin. Peu importe si le 14 février est passé il y a quelques jours déjà, c’est un événement à ne pas manquer. Surtout lorsque l’on fait partie de la jeunesse dorée de Beni, qui tient à continuer à vivre comme si de rien n’était. Le temps d’une soirée, des jeunes trentenaires pour la plupart, cadres d’entreprises, magistrats, avocats, commerçants et gérants d’hôtels, tentent de faire abstraction de la psychose quasi-permanente qui règne dans la ville.

Depuis octobre 2014, le territoire de Beni est en effet le théâtre de massacres à répétition perpétrés contre des civils.

Donner une autre image de la ville

Petit à petit, leurs cylindrées se garent devant le bar, sous le regard vigilant d’agents de sécurité privés qui filtrent les entrées. Sécurité oblige. Mais pas seulement.

« Ishango mise avant tout sur une clientèle d’un certain standing », indique Léonard Maliona, le co-propriétaire du bar. Le jeune entrepreneur de 30 ans, qui a fait ses études au Kenya et au Royaume-Uni, est rentré dans le Nord-Kivu, sa province natale, pour tenter, à sa manière, de «faire bouger les lignes ». Son restaurant-bar a ouvert l’année dernière et est rapidement devenu the place to be de la ville. C’est ici qu’habitants et onusiens viennent par exemple savourer une pizza maison sortie tout droit du four.

Même en enfer, il y a toujours un coin de paradis

« Lorsque j’entends certains médias étrangers parler de Beni, on dirait qu’il n’y a plus de vie ici. Moi, je voudrais démontrer le contraire, donner une autre image de la ville », explique le maître des lieux, entre deux pas de danse. Pari gagné ? Difficile à dire. Une certitude cependant : l’endroit n’a rien à envier aux adresses des quartiers chics de Kinshasa ou des autres villes du pays. Ici aussi, des bouteilles de champagne sont servies aux clients, accompagnées de bougies étincelantes, et le whisky ne manque pas sur les tables.

« Même en enfer, il y a toujours un coin de paradis. Nous devons donc continuer à vivre, à sortir le soir pour refuser de vivre continuellement dans cet enfer », commente Fred Kataliko, directeur commercial d’une agence locale de voyage et chef du projet Kaasoft Solution, une start-up spécialisée dans le design et l’impression.

Continuer à vivre normalement

Faustin Luzolo, responsable de Rawbank sur place, acquiesce. Après des études à l’Université de Kisangani, plus à l’ouest de Beni, lui aussi est venu travailler ici et ne regrette pas son choix. Lorsqu’il sort le soir, le jeune cadre se refuse de se faire escorter par des policiers dédiés à sa protection. Ces derniers se contentent de jouer aux vigiles dans sa résidence. Objectif avoué : « Continuer à vivre normalement ». Ou presque.

Si les gens voient que les onusiens traînent le soir, ils sont tentés eux aussi de sortir.

La Monusco est sur la même ligne. Pour rassurer la population, depuis quelques mois, la mission onusienne a repoussé jusqu’à 22 heures le « couvre-feu interne » pour son personnel à Beni.

« Si les gens voient que les onusiens traînent le soir et que leurs véhicules ne disparaissent pas de la circulation dès 18 heures, ils sont tentés eux aussi de sortir et d’aller partager quelques verres avec des amis », justifie un responsable local de la mission onusienne en RD Congo.

Et la stratégie semble fonctionner. Si les hôtels de la place, ses terrasses et bars demeurent vides, il y a toutefois de plus en plus du monde dehors le soir. Certains fêtards téméraires quittent même la ville voisine et très commerciale de Butembo pour venir s’amuser et danser dans des bars et night-clubs de Beni. Malgré le spectre de nouveaux massacres qui plane sur la cité maudite comme l’épée de Damoclès.

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